«Je n’ai jamais hésité à me battre pour de bons projets.»

Markus Graf peut contempler une partie de l’œuvre de sa vie depuis son bureau au 34e étage de la Prime Tower. Dans sa vie, il a investi CHF 38 milliards dans des bâtiments, notamment à Zurich. Personne n’a un meilleur flair pour l’immobilier en Suisse que le CEO de Swiss Prime Site. Quels bâtiments pour l’avenir?

Monsieur Graf, vous avez investi dans des centaines de biens immobiliers dans votre carrière. De quel projet êtes-vous particulièrement fier?

La Prime Tower est le chef-d’œuvre par excellence. Elle se dresse aujourd’hui tout naturellement comme si elle avait toujours fait partie du paysage de Zurich. Les gens y sont attachés. Elle a donné une grande impulsion au développement dans le quartier de Zurich West. Nous avons su concilier les besoins de groupes cibles très différents: autorités et urbanistes, locataires et visiteurs, riverains. La Prime Tower a permis à nos actionnaires de réaliser une bonne rentabilité et une belle plus-value.

Au sujet de la Prime Tower, vous avez dit que le plus beau était qu’elle soit désormais construite. Qu’est-ce que cela a impliqué?

Imagination, courage, force de persuasion, capacité de négociation, ténacité, savoir-faire, solidité financière, coopération des autorités, large soutien du public et, surtout, les bons partenaires: des planificateurs, en passant par les géotechniciens, les architectes, jusqu’aux entreprises totales. Notre choix, qui s’est porté sur Steiner SA et Losinger Construction SA s’est révélé excellent.

La construction dépend de facteurs politiques, économiques et sociétaux. Comment faites-vous pour bien investir?

L’essentiel, c’est que le projet soit convaincant. Par exemple, pour la Prime Tower, trois aspects sautaient aux yeux: l’emplacement privilégié, l’architecture exceptionnelle et le concept d’utilisation. Le principal défi est ensuite de transmettre notre propre conviction aux autorités, aux futurs locataires et au grand public. Notre longue expérience et notre engagement sont alors autant d’atouts. Je n’ai jamais hésité à me battre pour de bons projets ou des idées.

Après des années de croissance, la tendance du marché de l’immobilier de bureaux en Suisse est à la baisse. Pourquoi?

Premièrement, le secteur financier peine à se développer. Deuxièmement, les entreprises tendent à optimiser leurs besoins en surface de bureaux: la surface de chaque poste de travail/collaborateur se réduit. Troisièmement, certaines entreprises ont déménagé leurs bureaux en périphérie. Cette tendance était et reste aussi positive pour nous, comme le montre notre Business Center, SkyKey, construit par Steiner dans Zurich Nord. La société d’assurances Zurich, unique locataire du bâtiment, y a regroupé plusieurs sites.

Selon vous, quelles sont les mégatendances du marché immobilier?

Le temps du classement des grands projets de construction neuve est révolu. La croissance se fait à l’intérieur. Les zones industrielles et commerciales laissent la place au développement de nouveaux quartiers. Dans les quartiers résidentiels actuels, des travaux de surélévation et la concentration urbaine donnent naissance à de nouvelles surfaces habitables sans nécessiter plus de terrain constructible. En outre, le parc immobilier en Suisse doit être impérativement réhabilité.

La société vieillissante est en marche. En 2013, SPS a ajouté à son portefeuille le segment «Cadre de vie des seniors» en rachetant l’entreprise privée Tertianum, leader dans le domaine. Dans ce secteur, nous allons augmenter le parc immobilier jusqu’à CHF 1 milliard.

Les initiatives sur les résidences secondaires ou Ecopop traduisent-elles un excès de réglementation?

Oui, sans aucun doute. Les questions politiques supplantent les mécanismes de l’économie de marché et la raison économique. Je déplore cette évolution, car elle ne résout aucun problème et entraîne des coûts supplémentaires inutiles. Nous, les investisseurs clairvoyants, nous voulons tenir compte autant que possible des exigences de tous les groupes cibles. Par exemple, nous soutenons les projets d’urbanisme pertinents et durables et veillons à ce que nos ouvrages s’intègrent harmonieusement dans les espaces publics. Nous le faisons également dans notre propre intérêt. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’adopter toujours plus de réglementations et de restrictions.

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